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29 juillet 2017

Une erreur de perception au coeur des décisions irrationnelles...


Avez-vous déjà entendu parler de la synesthésie ? Avant de rencontrer Laure, je ne connaissais pas ce phénomène neurologique d'association des sens. Par exemple, la perception des formes pourrait se mélanger à celle de l'espace, des couleurs ou des sons. Pour Laure, cela a pour effet d'attribuer une couleur à chaque chiffre et lettre, ainsi qu'une position dans l'espace. Elle voit les nombres et les phrases en plusieurs couleurs. Quand elle pense à des chiffres, elle les voit alignés de gauche à droite, selon une suite logique allant du plus petit au plus grand.

Rien de problématique en soi, si cette particularité n'avait aucune répercussion sur son travail ou sur ses décisions. Évidemment, si j'en parle dans ce livre, c'est parce qu'il y en a.

Laure est assistante de direction. Dans sa société, cela signifie qu'elle doit savoir tout faire. Bien qu'elle ne dispose pas de la signature du gérant, elle a une très grande liberté d'action sur les projets, la gestion du personnel, les achats, le choix des prestataires et des sous-traitants, etc. La polyvalence est de rigueur et Laure est tout à fait capable de faire les bons choix. C'est du moins ce que croit le gérant de cette PME. Je ne suis pas du même avis que lui.

Je ne travaille pas avec Laure au quotidien et je ne peux pas évaluer ses actions sur terrain, mais ses réactions et réflexions m'ont interpellée. Nous avons tous des préférences dans le choix des couleurs. Laure aime le vert et le violet, mais déteste le marron et le rouge. À la différence de la plupart des gens, Laure voit les nombres en couleur. Quand elle entend ou lit le chiffre 4, elle le voit en vert. Le chiffre 8 apparaît en violet. Le zéro est marron et le 1 est rouge foncé.

Les répercutions dans sa vie de tous les jours ne sont pas négligeables. Elle préfère les chiffres à prédominance de vert ou de violet et évite les marrons et les rouges. Cela s'applique pour les dates, les heures, des numéros d'affaires, des commandes, des numéros de produits et tout un tas d'identifications et même des prix ! L'exemple le plus frappant est qu'elle déteste les chiffres ronds. Un prix de 1000 euros lui laissera une impression négative, car il est composé de 3 zéros, c'est-à-dire 3 chiffres ayant la couleur marron. 99 est nettement plus positif, car composé d'autres couleurs. Je ne me souviens plus de quelle couleur elle voit les neuf, mais celle-ci n'influencerait pas son jugement.

Ensuite, il y a la position dans l'espace. Elle place automatiquement les nombres dans sa tête les uns par rapport aux autres, en fonction de leur taille : les petits à gauche et les plus grands à droite. En parallèle, Laure se représente le temps comme une ligne horizontale allant de gauche à droite, à la façon dont les professeurs d'histoire positionnent des événements successifs sur une ligne de temps dessinée au tableau. Or, elle affirme ne pas aimer le passé, car tout ce qui est passé est vécu, il faut privilégier l'avenir. J'ai été surpris quand elle dit qu'elle accorde beaucoup plus d'importances aux nombres à droite par rapport aux nombres à gauche. En clair, s'il y a plusieurs chiffres, elle a tendance à écarter ceux de gauche (les petits nombres) et à préférer ceux de droite. Les couleurs ayant aussi leur importance, les petits nombres contenant des zéros et des uns sont inconsciemment écartés. Elle reconnaît que c'est injuste et irrationnel, mais le processus est automatique. Elle le fait sans réfléchir. Cela s'applique à la vie de tous les jours. Une simple date de naissance sur un CV pourrait être éliminatoire. Il est possible qu'elle ne contacte pas un candidat dont la date de naissance serait le 01/01/2000 alors qu'un autre né le 8/4/1984 aurait toutes ses faveurs.

Elle m'a confié sa difficulté de prendre une décision rationnelle et impartiale. Elle n'en a pas parlé à son employeur. Je me demande s'il lui ferait encore autant confiance s'il avait connaissance de ce biais de la perception. Je pense qu'il n'est jamais bien de laisser une seule personne prendre des décisions importantes engageant l'entreprise et influant sur les coûts ou sur ses chances de réussite. Chaque choix ne peut pas être issu d'une réflexion collégiale, mais il est tout de même plus prudent d'avoir un second avis. En demandant à la personne de justifier pourquoi elle choisit tels fournisseur ou partenaire plutôt que tel autre, cela permet de rationaliser la décision et d'éviter une part d'incertitude liée aux croyances et à la perception en général.

Le cas de Laure n'est pas fréquent, mais il met en lumière que le système de perception humain peut conduire dans de mauvaises orientations. En faisant confiance à une seule personne, vous risquez de ne pas voir une partie de la réalité, de passer à côté d’opportunités ou de faire de très mauvais choix.

Il faut savoir se poser les bonnes questions, réfléchir, ralentir et ensuite décider sur une base sérieuse et rationnelle.

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