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12 avril 2017

Nous sommes tous victimes d'illusions sensorielles


Nous faisons confiance à nos sens et nous avons souvent tendance à penser qu'ils nous fournissent une représentation fidèle de la réalité. Mais nous avons souvent tort !

La vue et l’odorat

La vue est un organe sensoriel majeur qui nous guide dans presque toutes nos actions. Nous sollicitons très largement ce sens et nous oublions trop souvent qu'il est essentiel. 

Saviez-vous que la vue d'un aliment influence notre capacité à en évaluer le goût ? Un changement de couleur ou de forme a tendance à modifier notre perception. L'odeur d'un aliment modifie aussi la perception du goût. Si vous mangez une banane en forme de fraise, et qu'en plus elle a la couleur de la fraise, vous aurez l'impression qu'elle a le goût d'une fraise ! 

De nombreuses odeurs sont perçues inconsciemment.
Elles influencent notre humeur, nos émotions, nos envies et nos réactions.

Les odeurs jouent un rôle important dans notre vie, mais ne seraient pas d'aussi bons indicateurs que la vue pour se rappeler des souvenirs.

Les sons

Le bruit que fait un aliment quand nous le manipulons, ou quand nous le croquons, influence aussi notre perception. Les chips semblent plus frais et plus croustillants si le son est plus fort et plus brillant ! D'autre part, le fond sonore peut altérer le goût de nos aliments. Ce que nous mangeons n'aura pas le même goût si nous sommes dans un restaurant bruyant, ou si nous écoutons une musique qui focalisera une partie de notre attention. Le bruit contribuerait à diminuer la qualité gustative.

Nous percevons énormément plus d’informations que nous nous en rendons compte consciemment.

Nous synchronisons automatiquement et inconsciemment les images aux sons. Notre cerveau constitue une vidéo en assemblant ce qu'il perçoit. Il combine le flux d'images à l’ensemble des sons reçus, et ajoute de nombreuses autres informations sensorielles et cognitives. Le logiciel de pensée interprète cette vidéo pour lui donner un sens. Cela fait appel aux souvenirs, aux expériences vécues et à l'ensemble des connaissances.

Ce que nous voyons influence considérablement ce que nous entendons. Si nous lisons sur les lèvres de notre interlocuteur, nous améliorons considérablement notre perception de ce qu'il dit.

Une synchronisation parfaite !

Notre cerveau synchronise les informations visuelles et auditives automatiquement en une fraction de seconde. Les signaux sonores et lumineux parviennent à notre cerveau simultanément pour une action qui se déroule à côté de nous. La différence entre la vitesse de propagation de la lumière et du son est insignifiante. Cependant, le traitement est décalé. Nous entendons d'abord les sons avant de voir les images, leur analyse étant plus rapide que le décodage visuel. Pourtant, nous avons l'impression que le son et l'image sont parfaitement synchronisés. 

Le mode focus

Nous adaptons automatiquement nos réactions et nos mouvements en fonction de ce que nous percevons consciemment et inconsciemment. Lorsque nous sommes concentrés sur une tâche ou sur quelque chose qui se déroule devant nous, nous ne voyons pas ce qui est autour. Nous sélectionnons ce que nous regardons et entendons, de manière à rendre l’analyse cohérente par rapport à la scène en cours. De nombreuses informations n'apparaissent pas consciemment, et pourtant nous sommes capables d'en percevoir inconsciemment une partie.

La réalité visuelle est bien plus étroite que la réalité consciemment perçue. 

Nous nous concentrons sur un champ très étroit de notre vision. Le reste, autour de ce point de concentration, est flou. Notre cerveau est obligé de faire des choix sur ce qu'il observe. Il y a tellement d'informations à gérer qu'il lui est impossible de tout capter.

Un focus intense trouble notre perception de l'ensemble de la scène.

Le fait qu'il soit nécessaire de se concentrer sur quelque chose pour donner son avis dessus contribue à produire une erreur de perception. En focalisant notre attention sur cette chose, nous voyons clairement ses aspects, mais nous écartons ce qui est autour ! Une réflexion ou une pensée peut mobiliser notre capacité mentale. Nous pouvons arriver à oublier l'endroit où nous nous trouvons, et ne plus rien percevoir de l'environnement qui nous entoure ! Certains éléments de notre vie nous semblent plus importants quand nous focalisons notre attention dessus. C'est le cas quand on nous pose des questions qui mobilisent la mémoire et le centre de la réflexion.

Nous ressentons ce que nous voyons.

Pensez-vous être capable de faire la différence entre une aiguille enfoncée dans votre jambe et celle d'un mannequin en plastique situé à quelques mètres de vous ? 

Le neurologue suédois Henrik Ehrsson a montré que nous ressentons des sensations réelles liées directement à ce que nous voyons. Les expériences ont été réalisées de la façon suivante : les participants ne voyaient pas leurs jambes. Ils avaient devant eux un écran retransmettant le flux vidéo d'une caméra qui filmait les jambes d'un mannequin en plastique portant les mêmes vêtements.

Ils savaient que les jambes qu’ils voyaient étaient celles d'un mannequin, puisque celui-ci était situé à quelques mètres d’eux dans la même salle. Lorsque Henrik Ehrsson approchait une aiguille des jambes du mannequin, les participants ressentaient des émotions de peur. Ils ressentaient même des douleurs lorsque l'aiguille s'enfonçait dans les jambes du mannequin. Le cerveau des participants réagissait comme si la douleur était réelle. 

Cette action est guidée par le cortex prémoteur, là où siègent les neurones impliqués dans les mouvements liés au système visuel. Ces recherches mettent en évidence que des illusions sensorielles sont à l'origine d’illusions de la réalité. Ces illusions sont pourtant bien une réalité pour le cerveau. 

Les compensations

Avec l'âge, nos sens deviennent de moins en moins fiables. Notre corps est comme une machine qui s'use petit à petit. Chaque organe subit des dégradations progressives qui tendent à diminuer ses capacités.

Au niveau sensoriel, notre cerveau agit comme un ordinateur chargé de traduire les stimuli en codes interprétables. Un son est identifié comme une voix grâce à la reconnaissance et à l'identification des modulations. Il sera différencié d'un bruit de voiture provoqué par un freinage d'urgence. En plus d’identifier les voix, le cerveau est capable d'analyser et d'interpréter la succession de sons et de reconnaître des mots. Ce schéma d'analyse est extrêmement rapide, à tel point que dans la seconde qui a suivi la perception du son, notre cerveau est déjà capable d'apporter une réponse et d'anticiper les conséquences.

Notre cerveau est aussi capable de compenser en partie les pertes d’acuité. C'est ce qu'a montré le psychologue Sophie Wuerger qui a travaillé sur la perception des couleurs. La perte en sensibilité des cônes récepteurs de nos yeux serait compensée par notre cerveau pour établir une lecture correcte des couleurs. Cela permettrait de conserver une perception subjective des couleurs inchangée avec l'âge.

La culture influencerait la perception des couleurs

La perception des couleurs est différente d’une personne à l’autre. La dénomination des couleurs varierait en fonction des cultures et des langues, et peut aussi évoluer dans le temps. Le vécu de chaque groupe social et la symbolique qui s’y rattache auraient leur influence sur la dénomination. La relation entre perception et langage est particulièrement importante quand les couleurs sont rangées dans des catégories différentes de notre mode de classement. 

Une tribu de Namibie (les Himbas) établit un classement des couleurs de la façon suivante : le groupe des foncés contient des teintes foncées de rouge, bleu et vert. Par contre, il existe une catégorie pour les bleus et les verts vifs. Ils disposent également de mots pour identifier des tons plus clairs bien distincts dans cette même catégorie. Le langage intervient dans le processus de différenciation. À ce jour, les scientifiques ne savent pas comment cela se traduit sur le plan cérébral. 

Je me souviens d'une expérience que j’ai eu l'occasion de réaliser lorsque j'étais étudiant en communication. Pour nous faire prendre conscience de l'importance de la perception, notre professeur nous a demandé de nous allonger pendant une vingtaine de minutes. Durant cette expérience, nous avions un bandeau noir sur les yeux et des bouchons dans les oreilles. Nous étions dans une salle particulièrement calme. Nous ne pouvions entendre aucun bruit extérieur. Nous étions peu nombreux dans le groupe, ce qui facilitait l'expérience. L'objectif était de prendre conscience de l'importance des stimuli extérieurs véhiculés par nos sens. Au bout de quelques minutes, chacun de nous a rapidement perdu la notion du temps et ressenti de fortes hallucinations. 

Vous pouvez tenter l'expérience si vous le souhaitez. Allongez-vous confortablement sur votre lit. Ne faites plus rien. Essayez de ne plus penser à rien. Vous devriez ressentir les mêmes impressions en quelques minutes, à moins que vous ne vous endormiez…

Les organes des sens ne pouvant plus transmettre des informations au cerveau, celui-ci rencontre des difficultés pour imaginer la réalité extérieure au corps. Or, le cerveau a besoin d’analyser l’environnement pour être capable de réagir en cas de danger. Il le fait en permanence grâce à nos sens. Lorsque ceux-ci cessent de l'alimenter en informations, il est comme un ordinateur privé de sa connexion Internet. 

Notre cerveau imagine la réalité à partir de ce qu'il perçoit. Nous vivons et nous évoluons dans cette réalité qui nous est propre, bien plus que dans le monde physique qui nous entoure.

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