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19 mars 2017

Que retient notre mémoire ?


Les éléments nous concernant directement sont les plus faciles à retenir. C'est le cas de notre nom, ou celui de notre chien. Nous nous souvenons de petits détails qui nous touchent de près, même si ceux-ci peuvent paraître insignifiants pour d'autres personnes. Mais les souvenirs sont fragiles. La mémoire est volatile. Nous pensons avoir retenu avec précision un événement. Il semble marqué dans notre mémoire à l'encre indélébile. Et pourtant, quand nous essayons de nous en souvenir, nous avons tendance à oublier une partie de l'histoire.

À nos yeux, comme à ceux de nos interlocuteurs, l’histoire que nous racontons semble cohérente. Tous les éléments y sont, du moins c'est ce que nous pensons. Le problème avec la mémoire est qu'elle est directement tributaire de la perception que nous avons eue d'un événement. Cette perception sera variable en fonction de nombreux paramètres dont l’humeur, l’état de fatigue ou la disposition à voir cet événement sous un angle positif ou négatif. De nombreux autres facteurs liés à la perception entrent en jeu. Une chose est certaine : nous sommes incapables de mémoriser une information de façon objective et complète comme le ferait un ordinateur ou une caméra.

UN TRI SÉLECTIF INCONSCIENT

Nous avons tendance à retenir les expériences fréquentes ou inhabituelles. Nous les retenons dans leur globalité ainsi que certains détails marquants. Notre perception fera le reste en ajoutant une coloration parfois très intense qui contribuera à déformer le souvenir qu'il restera de cette expérience.

Moins un événement est fréquent, plus sa mémorisation est simple.

Nous avons tendance à nous souvenir des meilleurs moments et des plus mauvais. Nous laissons de côté tout ce qui peut paraître banal. Nous faisons le tri automatiquement et inconsciemment au moment de l'enregistrement dans notre mémoire. Quand nous nous souvenons d’un événement, un nouveau tri s'opère. Nous préférons repenser à certaines choses qui nous ont marqués. Au moment où nous visionnons mentalement l'image du souvenir, ou sa sensation sonore, celle-ci subit une nouvelle déformation liée à notre état d'esprit au moment du visionnage. 

Les souvenirs s'effritent rapidement. Les policiers et les agents d'assurances savent très bien que le témoignage d'une personne a perdu de sa fiabilité après seulement quelques heures. Le témoin d'un accident doit donc être interrogé le plus rapidement possible. Les heures et les jours passant, le souvenir est de moins en moins présent dans la mémoire. Alors, pour garder une cohérence des souvenirs marquants, nous avons tendance à les reconstruire. Nous embellissons les choses où nous les voyons plus négativement. Nous remplaçons les trous par des éléments complémentaires, un peu à la façon d'un maçon qui ajouterait des briques dans un mur de blocs pour combler les vides. La reconstruction de souvenirs permet de garder une cohérence dans notre vie et dans notre histoire.

Si nous nous souvenons de petits détails du passé, c'est peut-être à force de les avoir répétés. Nous nous répétons les souvenirs en les revivant dans notre tête. Nous les répétons aussi à d'autres, parfois inlassablement. 
Nous retenons principalement ce que nous avons verbalisé.

Les mots servent à décrire les expériences passées. Celles-ci sont stockées dans la mémoire sous la forme de concepts verbaux ou de morceaux de phrases. Cela est aussi valable pour nos perceptions. Nous traduisons en mots ce que nous voyons ou pensons. Nous figeons les souvenirs et nous créons des relations entre eux. Cela entraîne des déformations tout en restreignant notre capacité de mémorisation. Cela explique pourquoi nous n’avons pas de souvenirs du temps où nous étions bébés. 

Le cerveau utilise des faits et des raccourcis pour nous aider à repenser aux événements du passé. Il utilise les souvenirs pour recréer des sensations du passé.

Les rationalisations verbales

Nous créons des rationalisations verbales pour des choses que nous pensons être correctes. Même si nous nous trompons, nous avons tendance à verbaliser ce choix. Nous recherchons des arguments en sa faveur. 

Une fois que nous avons pris une décision, la rationalisation verbale nous aide à la conforter. Nous rationalisons nos pensées, nos émotions, nos envies, nos souvenirs ou encore nos arguments. Cela constitue le contenu de notre mémoire. 

Un besoin de rationaliser pour se rassurer
Nous avons tendance à changer de comportement après un achat. En effet, nous avons besoin de cohérence pour donner un sens à notre vie.

Une personne hésite avant d'acheter quelque chose. Elle finit par se décider pour un produit ou un service. Une fois qu'elle aura fait son choix, elle le défendra. Elle aura tendance à survaloriser ce qu'elle vient d'acheter. Elle vantera les mérites de sa nouvelle acquisition et trouvera même des applications auxquelles elle n'avait pas réfléchi avant de s'engager. Cela correspond à une rationalisation de décisions émotionnelles qui ont souvent été prises impulsivement. Elle a fait son choix sur un coup de cœur. Ce processus permet de confirmer le bien-fondé de cette décision. Bien que nous soyons guidés par nos émotions, nous avons besoin de nous rassurer par un comportement logique et cohérent. Cela provoque une déformation de la réalité perçue pour combler les vides logiques.

Si vous surprenez votre mari en train de chercher sa dernière acquisition dans le rayon d'un supermarché, vous pouvez vous dire qu'il a besoin de se rassurer par rapport à son achat. Il a peut-être acheté son dernier GPS, ou tout autre jouet d'adultes, sur un coup de cœur. Son cerveau a besoin de rationaliser l’achat. Une fois trouvé, il se dira que les caractéristiques correspondent à ses besoins et qu'il a fait un bon achat. Il sera rassuré.

Nos souvenirs sont la somme des rationalisations verbales.
Ils sont donc limités à ce que nous avons verbalisé, et par conséquent déformé.


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