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09 mars 2017

La réalité est-elle réelle ?

Imaginez une caverne dans laquelle les hommes sont enchaînés et immobilisés, tournant le dos à l'entrée. Imaginez aussi qu’ils n’ont jamais vu la lumière du jour. Tout ce qu'ils peuvent percevoir du monde extérieur se résume en des ombres projetées sur un mur. Leurs ombres et celles des objets qui les entourent sont leurs seules références. Quant aux sons, ils n'entendent que des échos et non les sons directs.
Cette métaphore a été écrite au IIIe siècle av. J.-C. par Platon, dans l' "Allégorie de la caverne". Dans ce récit philosophique sur le sens de la réalité, Platon posa la première pierre de l’édifice de la perception. Il ne s’agissait que d'une simple réflexion et non d'analyses scientifiques poussées. Au regard des points précédemment exposés dans ce livre, on peut facilement se rendre compte que notre réalité est bien loin de ce que nous avons souvent l'habitude de croire. 

Sommes-nous victimes d’illusions ? La réponse est : OUI !

La physique nous enseigne que notre monde est composé de particules et d'ondes. Les théories les plus pointues en physique quantique défient notre imagination sans que les meilleurs scientifiques puissent les invalider. Les physiciens ont les capacités techniques d'observer la matière et les interactions des forces s'exerçant à des niveaux infimes, ou au contraire à une échelle macroscopique telle que celle de l’univers. Par contre, nous sommes incapables de porter un regard objectif sur le monde qui nous entoure !

Notre cerveau n'est pas un ordinateur. Il est incapable de percevoir le monde objectivement. Nous ne pouvons voir la réalité telle qu'elle est. Notre cerveau déforme tout ce qu'il perçoit, dès l’entrée des stimuli dans les différentes couches cérébrales. 
Qu'il s'agisse d'informations extérieures à nous (entrant dans notre cerveau par l'intermédiaire des organes des sens) ou d'informations internes issues de notre réflexion, mémoire, ressenti ou introspection, nous ne pouvons être objectifs. L'ensemble des filtres de la perception conditionnera toujours notre façon de voir le monde.

Nous avons tendance à ignorer que nous ne savons pas. 

Nous pensons que nous nous connaissons bien et que nous pouvons interpréter consciemment nos états mentaux. Nous pensons pouvoir porter un regard direct sur nos processus mentaux pour les interpréter et apporter des solutions quand cela est nécessaire. Or, nous n'y avons pas accès aussi librement et facilement. Nous ne pouvons pas voir tous les paramètres entrant dans un processus de choix. Même si nous pensons prendre une bonne décision, en réfléchissant consciencieusement et en restant le plus objectif possible, notre choix ne sera jamais absolument objectif. Nous répondons à des stimuli en fonction de ce que nous avons en tête. Nous interprétons la réalité par rapport à ce que nous en connaissons et sur base de ce que nous avons appris. 

Le contexte, la fréquence et la récence d'un événement sont trois facteurs qui déterminent la signification que nous donnons aux stimuli. 

Quand notre cerveau est libre d'interpréter un stimulus comme il le veut, il a tendance à l’interpréter selon nos envies. Nos préférences influencent nos interprétations.

Il peut nous arriver de voir des choses qui n'existent pas. Un reflet de lumière, une ombre, ou un mouvement dans notre champ de vision et nous avons l'impression qu'une présence s'approche de nous. Un son, une note de musique, un bruit aussi fin qu'un craquement peut nous donner l'illusion d'entendre des voix. Cela fonctionne aussi avec les autres sens. Odeurs, sensations de fraîcheur ou de chaleur, sensations gustatives, nos sens sont en éveil et nous ne pouvons les empêcher de nous fournir des informations en continu. Notre cerveau interprète les informations qu'il reçoit et les déforme en fonction de nos désirs. Nos envies du moment conditionnent notre perception.

Il est impossible de voir deux fois le même événement de la même manière. Notre perception du monde sera toujours différente en fonction des nombreux stimuli, dont notre état d'esprit.

Certaines situations difficiles à vivre émotionnellement peuvent nous empêcher de voir la réalité. Le cerveau et les yeux entretiennent une relation de confiance. 

Nous avons tendance à croire ce que nous voyons. Par contre, nous voyons aussi ce que nous avons envie de voir.

C'est le cas de la femme qui ne voit pas que son mari la trompe ou du manager qui ne voit pas que son meilleur employé vole dans la caisse. Bien qu'il y ait des indices visibles par tous, les principaux intéressés ne voient pas la réalité. Leur cerveau refuse d'accepter ce qui pourrait être vécu difficilement. Les conséquences émotionnelles, sociales ou personnelles semblent tellement importantes que l'individu est littéralement aveuglé par le refus de voir.

Les multiples distorsions de perception sont accentuées par l'ambiguïté des situations et des expériences. Nous pouvons être conditionnés par la vision positive de quelqu'un ou de quelque chose que nous aimons. Ou à l'inverse, si nous n'aimons pas une personne ou si nous avons des a priori négatifs sur quelque chose, nous aurons plus de difficultés à voir le positif. 

Si nous avons de l'estime pour quelqu'un, si nous l'aimons bien, nous le percevrons positivement, même si cette personne a un comportement négatif vis-à-vis d'autres personnes. Quel que soit son comportement, nous continuerons à l'aimer et à voir majoritairement le positif. Un serial killer pourra aussi être aimé par sa femme alors qu'il a été reconnu coupable de meurtres atroces. 

Ces connotations préférentielles sont aussi applicables aux produits de la vie de tous les jours. Certaines personnes sont fidèles à une marque de produits simplement parce que leurs parents achetaient déjà cette marque. Pour eux, l'ancienneté est un gage de fiabilité et de solidité. Avec le temps, il est probable que la qualité se soit fortement dégradée. Et pourtant, elles continuent d'acheter ces produits en toute confiance, même s'ils rencontrent des problèmes. Les points négatifs pourraient passer comme inaperçus, ou du moins avoir un impact limité ne justifiant pas un changement de marque.

Un processus de sélection des informations nous prémunit contre les émotions négatives qui pourraient nous rendre malheureux.

Le jugement d'une personne peut être influencé par les arguments qu’elle a envie d'entendre. Si notre interlocuteur fournit une explication cohérente et séduisante, nous l'intégrerons en retenant les éléments principaux qui nous conviennent. Nous serons capables d'en parler sur base de ce que nous avons retenu. Si des éléments contradictoires viennent en opposition avec cette explication, il est possible que nous choisissions inconsciemment de ne pas remettre l'explication en doute. Au contraire, cet élément supplémentaire vient renforcer l'explication. 

L’anticipation repose sur notre connaissance de la réalité. 

Pour être capable d'anticiper une action à venir, et ainsi apporter la réaction la plus appropriée, il est nécessaire d'avoir une connaissance précise de l'ensemble des paramètres et de leurs probabilités d’évolution. N'importe quel chef d'entreprise, analyste financier ou général de l'armée agirait de cette façon. Une stratégie stricte demande forcément une analyse rigoureuse de la situation avant toute action.

Nous sommes absolument incapables d'être aussi rationnels dans nos choix quotidiens, même les plus importants.

L'anticipation va de pair avec une estimation du niveau de réussite d'une action. Si nous estimons que les évènements à venir seront un échec, nous anticiperons les actions différemment par rapport à une estimation qui aurait été positive. Si nous anticipons la réussite et que la situation se transforme en échec, nous risquons de ressentir un choc émotionnel. 

Le cerveau enregistre ses erreurs de prédiction, mais les dernières recherches ont montré qu’il est plus performant pour enregistrer les erreurs liées à une information positive. Il ne corrige pas aussi efficacement ses prévisions futures si les nouvelles données sont négatives. Ce dysfonctionnement d'enregistrement d'événements négatifs sur les événements à venir pourrait être lié à un besoin de réduire le niveau de stress et d'anxiété. 

L'un des moyens pour se protéger consiste à avoir une attitude pessimiste vis-à-vis des choses qui peuvent arriver. La personne n'espère rien de positif, car elle pense qu'elle n'a rien à attendre de bon de l'avenir. Ces attitudes peuvent la pousser à prendre plus de risques, ne pas s'épargner et à ne pas limiter les situations stressantes. Cela ayant des conséquences néfastes sur sa santé. En fait, cette attitude ne permet absolument pas de se protéger des émotions négatives. À l'inverse, les optimistes seraient moins anxieux et supporteraient mieux les situations stressantes. Ils prendraient moins de risques, ce qui contribue à augmenter statistiquement leurs chances de vivre plus longtemps. Le mental joue sur le physique et le physiologique. 

Notre cerveau suit des schémas de fonctionnement complexes définissant ce que nous sommes. Tout ce que nous avons appris depuis notre toute petite enfance, en passant par l'expérience pratique, l'éducation apportée par nos parents et par l'école, les valeurs transmises par la culture, les relations aux autres, nos succès et nos échecs... ont contribué à forger notre personnalité. Nous sommes le résultat de ce long apprentissage. Vous et moi, vos voisins, amis, collègues et animaux ont eu la même démarche inconsciente d'enregistrement de schémas de pensée. 

Ce que nous faisons parfois par intuition est dicté par notre connaissance du monde qui nous entoure. Cette connaissance est différente pour chacun d’entre nous. Chacune de nos expériences a contribué à forger notre caractère et notre capacité à évoluer parmi les autres. 

Nous avons tendance à penser qu’il n’existe qu’une seule réalité : la nôtre !

Les gens ignorent les différences de point de vue. Ce que les autres perçoivent a beaucoup moins d'importance que leur vision de la réalité.

Si nous percevons quelque chose et que nous constatons que plusieurs personnes perçoivent autre chose, nous risquons de douter de notre perception. Nous ne ferons plus confiance à ce que nous renvoient nos sens. La force numérique joue un rôle dans le processus de perception. Nous avons envie d'être en accord avec le groupe. 

"À moi, il me semble que j'ai raison, mais ma raison me dit que j'ai tort, parce que je doute de pouvoir être le seul à avoir raison tandis que tant de gens se trompent." Paul Watzlawick

La réalité, à savoir la perception objective du monde, n'est pas une fonction disponible pour les humains. Lorsque l’homme aura créé une intelligence artificielle, celle-ci sera peut-être capable du vrai libre arbitre. Seul un cerveau électronique sans filtres de la perception sera capable d'appréhender la réalité, la vraie. Mais toute information transmise par cette intelligence artificielle à un humain sera forcément interprétée et déformée par cet humain.


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