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11 janvier 2017

Le mensonge, une relation d'influence


Le menteur a un avantage sur la cible. Il n’a pas prévenu son interlocuteur qu’il allait le tromper. La cible du menteur n’a pas choisi d’être une victime. Il y a donc une prise de pouvoir de l’un sur l’autre. 

Celui qui maîtrise l’information l’impose à celui qui la reçoit. L’émetteur a construit mentalement son information avant de la dire à son interlocuteur. Il l’a mise en forme. Il a créé le message selon une forme qui doit influencer le récepteur. Le récepteur entend l’information. Il n’y est pas forcément préparé. Son cerveau doit analyser les mots et le comportement de l’émetteur. Ce dernier élément est-il en accord avec ce qu’il vient de dire ? Peut-être, peut-être pas ? Le destinataire est obligé de fournir un effort pour entendre, comprendre et analyser ce qui vient d’être dit par l’interlocuteur. Il reçoit un message. À lui de déterminer si celui-ci est vrai ou faux.

Le plaisir de tricher

Avez-vous déjà remarqué que certaines personnes prennent un grand plaisir à tromper les autres ? Ce plaisir varie en intensité en fonction de la réputation de la cible. Si le récepteur du message est connu ou considéré comme quelqu'un de difficile à tromper, alors le menteur ressentira une satisfaction importante si son mensonge réussit. Un mensonge peut être un stimulant pour son auteur. Pour certains, c’est de l’adrénaline pure ! Les menteurs invétérés sont capables de construire leur vie sur un tissu de mensonges. 

Recruter un candidat peut se transformer en cauchemar pour les responsables des ressources humaines. Il n’est pas rare qu’au cours d’une session de recrutement le DRH se rende compte que la sélection de candidats regroupe un superbe panel de menteurs ! Aucun ne dit la vérité ! Ils ont tous réussi à passer toutes les étapes. Alors, lequel choisir ? 

Je connais des entreprises qui recrutent leurs collaborateurs sur la base de leurs capacités d’adaptation et de souplesse d’esprit. Autant dire que lorsqu'on recrute ce type de profils, il faut avoir conscience que parmi eux se trouveront de très bons menteurs. C’est le rôle du recruteur de connaître ses priorités et, de plus en plus, d’être capable d’identifier les mensonges pour éviter les complications qui en découleraient plus tard.

Les entretiens de recrutement ne sont pas toujours bien encadrés. Dans les petites entreprises, la plupart d’entre eux sont réalisés par la direction, souvent le gérant de la PME-PMI. Dans les grandes structures, le département des ressources humaines met en place des procédures de recrutement, avec bien souvent un passage obligé par des tests psychologiques, et plusieurs entretiens avant l’embauche. Les cabinets spécialisés viennent également en soutien dans le recrutement. Ils sont censés assurer à l’entreprise la compétence des candidats présentés.

Le copinage entre collègues permet aux tricheurs de faire valoir de vraies fausses expériences. Certains mythomanes n’hésitent pas à imaginer l’intégralité du contenu de leur CV. Tout est faux ! Pourtant, ils passent les barrières du recrutement. J’ai vu des CV complètement faux, de A à Z ! J’en ai même vu un avec une photo qui ne correspondait pas. Le candidat avait collé celle de son frère ! Il l’a justifié en disant qu’il n’avait pas de photo de lui. Quand on en arrive là, on peut se dire que tout est possible… 

Je me souviens d’un candidat à la recherche d’un poste de chef de projet. Tout son parcours était faux. En revanche, c’était un mauvais menteur, et il n’a pas été embauché. S’il avait eu le poste, il aurait eu la responsabilité d’une équipe et d’un budget. À qui revient la responsabilité du recrutement en cas d’échec de la mission du candidat ? Au DRH, bien sûr ! En cas de perte d’argent pour l’entreprise, cela peut être dommageable pour lui. Évaluer les compétences du candidat est une chose. Évaluer son honnêteté en est une autre.

Mentir à un recruteur est tentant, surtout lorsque l’enjeu est important. Il y a aussi une catégorie de candidats qui mentent pour le plaisir. Tromper un DRH et réussir son mensonge procure une satisfaction. Le DRH est comme la police : il est perçu comme quelqu'un capable de détecter les menteurs.

Les services de police sont par définition soupçonneux. Mieux vaut ne rien avoir à se reprocher si vous vous retrouvez malgré vous dans leurs locaux. Et si c’est le cas, ils risquent de le voir. Même si vous ne dites rien, votre comportement parle malgré vous. La police, les brigades spéciales, les services de sécurité, etc., sont entraînés à reconnaître en partie les mensonges. Réussir à tricher auprès de ce type de personne peut produire une forme de plaisir.

En plus de la réputation de la cible, il faut tenir compte de l’importance de ce qui est caché ou inventé. Le menteur peut améliorer un peu son récit. Il peut dissimuler quelques éléments sans grande importance. Ou au contraire, il peut modifier, inventer ou cacher des éléments majeurs. Il peut aussi tout inventer ou tout cacher. 

Le plaisir ressenti si le mensonge réussit ne sera pas le même. S’il modifie un peu son récit, il ressentira une petite joie s’il est cru. En revanche, la satisfaction qu’il en tirera alors qu’il a tout inventé, ou tout caché, pourra être beaucoup plus importante en intensité. Les gens ne sont pas toujours seuls quand ils mentent à leurs interlocuteurs. Ils peuvent être accompagnés par quelqu'un qui est de leur côté. Dans ce cas, les accompagnants du menteur peuvent être les complices d’un mensonge. Si le complice sait que la personne va mentir, la satisfaction ressentie par le menteur sera plus grande lorsque la victime du mensonge montrera qu’elle le croit. 

La présence d’un public capable d’apprécier les talents de menteurs peut aussi générer une forme de plaisir. Enfin, comme le dit Amélie Nothomb (écrivain belge) : "Pas besoin d’intérêt pour mentir. Le plaisir suffit." C’est bien résumé !


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